Touny Lerys "tout simplement un poète d'amour" (R. Kemperheyde)
« Tu leur diras qu’il faut aimer les hommes
Car la vie est pénible à ceux qu’on n’aime pas. »
Magistrat et notamment président du tribunal civil d'Albi, Marcel Marchandeau, alias Touny-Lerys, est connu pour son activité littéraire.
Très jeune, il anime avec son père, Léon Marchandeau, des revues qui participent au renouveau provincialiste dans la lignée de l'Effort de Maurice Magre : Gallia (1900-1902) puis Poésie (1905-1914).
Mainteneur aux Jeux Floraux, il a défendu et illustré la vitalité intellectuelle de la province à la présidence de la Société des Ecrivains des Provinces Françaises ou de la Société des Sciences, des Arts et des Belles Lettres du Tarn.
Il a publié de nombreux recueils, ainsi que diverses œuvres en prose. Son frère, Maurice, a été à plusieurs reprises ministre de la république dans les années trente.
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Quelques dates
1881 Naissance de Marcel Marchandeau à Gaillac.
1900 Toulouse, revue Gallia (jusqu’en 1902)
Publication des « Filles d’Eros », puis « Dans l’idéal et dans la vie », « Mariette la
mendiante », « Mimi et Nina », roman de deux petites esthètes passionnées,
impossibles et fragiles, qui font des vers et la dînette, et sont perverses sans malice
1902 « Chansons dolentes et indolentes », où le poète se révèle disciple de Francis
Jamme.
1905 Rencontre de Georges Gaudion
Revue Poésie avec Marc Dhano, son père (léon Marchandeau), Tristan Derême et Francis Carco (jusqu’en 1911). Cette revue publia notamment Francis Jamme et
Henri de Régnier.
1907 Naissance de son flls Georges
1909 Publication de « La pâque des roses », au parfum frais d’âme éclos. « L’Amour,
réparti sur toute chose ; l’Amour, principe de vie ardente et païenne »
(R. Kemperheyde)
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Manifeste du Primitivisme, opposé au Futurisme de Marinetti.
Aux expressions de violence destructive des futuristes, le Primitivisme oppose une sagesse représentée comme une Religion d’art qui a toujours vécu.
Le Primitivisme célèbre la Beauté dans toutes ses manifestations actuelles, dans celles que nous prévoyons et dans le souvenir du passé admirable.
Les éléments essentiels de sa poésie se puisent dans l’intelligente Bonté, et il oppose au caractère agressif du Futurisme glorifiant la guerre et les gestes destructeurs, une exaltation de la Paix, du Travail et de l’Ordre.
Mais Touny-Lerys et ses amis se préoccupaient moins des théories que des œuvres elles-mêmes :
« les vrais poètes n’ont pas écrit leurs œuvres immortelles en vue de se conformer à une doctrine : elles ont éclos spontanément sous l’influence d’une émotion, ou – portées longuement en une âme sensible, comme la graine dans un sol fécond -, elles ont germé sourdement et sont venues au jour, à l’heure où elles devaient éclore… »
Touny-Lerys aurait pu faire sienne la pensée de Maurice de Guérin. Toute son œuvre exprime l’éloignement des vaines attaches du monde, et un amour profond de la nature avec un sentiment délicat et intense de la pitié humaine.
Maurice de Guérin appelait ce monde « grand destructeur, de toute joie intérieure, de toute noble énergie, de toute naïve espérance ».
« Lendemain « (Au pays de Maurice de Guérin) :
« La Gloire ?... En quelques mots, elle veille, elle dort !...
Certains ne commencent à vivre qu’à leur mort,
D’autres voient leurs lauriers se flétrir sur leur tête ;
D’autres en savent pas que les cœurs leur font fête
Et, dans l’amour de l’œuvre où se donne leur vie,
Cueillent, jour après jour sur la route suivie,
La fleur de leur pensée en leur silence éclose… »
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1910 « Amoureusement : symphonie lyrique »
1912 Naissance de son fils Léon Georges
Le poète en famille à Touny les Roses
La Grande Guerre
1914 " In Memoriam" :
" Ce fut un choc étourdissant, une stupeur,
La mort avait creusé une tombe nouvelle."
La tourmente, qui permet à tant d'hommes de haïr, accroît la générosité du poète.
Il abhorre cette horrible épreuve et pense
" A la stupidité cruelle de la grande guerre."
Parmi les ruines et les charniers, le pathétique de la pensée épure l’expression,
et il écrit :
" Il faudra plus aimer que nous ne l'avons su
Tant de bien après tant de mal restera dû."
La puissance du rêve du poète est telle que les dangers n’empêchent pas sa
pensée de s’évader pour aller visiter la maison au bord du Tarn et les têtes chéries
qui l’embellissent.
Dans « le printemps souriant et grave » :
" Près de notre foyer où brille encor la flamme,
Songe aux foyers qui sont éteints..."
1916 « Poèmes des bords de l’Yser »
1919 Collabore à « l’éclaireur de l’Est », rubrique littéraire
1920 « Poèmes du retour »
1923 « Printemps souriant et grave », aux caresses déjà plus soucieuses. Malgré les blessures de la guerre, il évoque un midi très tendre, idyllique, non flamboyant, mais discret au contraire, malgré le soleil qui fait vivre les choses.
1926 « Poèmes de l’été et de l’automne en fleurs », poèmes de la maturité, de la belle saison lumineuse et féconde.
Groupe des 20 de Toulouse
1933 « Choix de poèmes »
1937 « Au pays de Maurice Guérin »
1965 « Instants »
1976 Décès à Gaillac
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Un homme engagé
Touny-Lerys possède la croix de guerre, a été décoré de la légion d’honneur et élevé au grade d’ officier de la légion d’honneur, il fut membre de l’Académie de Province, et délégué dans sa région de la Société des Gens de Lettres et de la Société des Poètes Français.
Il fut encore mainteneur de l’académie des Jeux floraux . Cette académie, en occitan, Acadèmia dels Jòcs Florals, est une société littéraire fondée à Toulouse au Moyen Âge, sans doute la plus ancienne du monde occidental. Elle doit son nom aux jeux floraux, fêtes célébrées à Rome en l'honneur de la déesse Flore.
Lors de concours qui ont lieu chaque année, les membres de l'Académie, appelés « mainteneurs », récompensent les auteurs des meilleures poésies. Ces récompenses revêtent la forme de cinq fleurs d'or ou d'argent : la violette, l'églantine, le souci, l'amarante et le lys. Celle ou celui qui reçoit trois de ces fleurs porte le titre de « maître des jeux ».
L'institution fut fondée en 1323 par plusieurs poètes qui se réunirent pour former ce qu'on appela le Consistori del Gay Saber ou Consistoire du Gai Savoir. Soucieux de rétablir un certain lyrisme après la croisade contre les Albigeois au XIIIème siècle, de riches bourgeois toulousains organisèrent un concours littéraire en langue d'oc, récompensant chaque année un troubadour d'une violette dorée à l'or fin.
« Une vive sensibilité, fertile en images gracieuses et séduisantes, une âme vibrante, chaleureuse, simplement ouverte, une main tendue, qui veut ignorer l’envie et la perfidie. » ( A. Praviel). Telle est bien, en effet, la caractéristique de cette poésie, expression directe d’un cœur très humain.




